Affaire Théo: l’IGPN écartent l’idée de «viol délibéré»

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Les premières conclusions de l’IGPN écartent l’idée de «viol délibéré» en se basant sur les images de vidéosurveillance. Ces images doivent encore être visionnées par la juge d’instruction dans le cadre de l’enquête, qui se poursuit. «Il n’y a pas d’éléments nouveaux» et «il faut laisser la justice suivre son cours», tempère l’avocat du jeune homme.

Le geste qui a infligé une grave blessure à Théo, lors de son interpellation à Aulnay-sous-Bois, était-il intentionnel? C’est la question qui rythme l’affaire depuis ses débuts. Il s’agit de savoir si le pantalon du jeune homme a glissé par accident et si l’introduction de la matraque dans son rectum sur 10 cm a pu être un geste involontaire, comme l’affirment le policier mis en cause et son avocat.

Selon les informations de LCI et de BFMTV, l’inspection générale de la police nationale – l’IGPN, la «police des polices» – a transmis ses premières constatations sur ce point à la juge d’instruction en charge de l’affaire. Elles sont similaires aux éléments déjà communiqués lors des mises en examen: l’IGPN retient la thèse d’une «opération qui tourne mal» en s’appuyant sur les images de vidéosurveillance. Il ne s’agit toutefois pas du rapport final mais bien de premières conclusions.

D’après les enquêteurs, Théo ne s’est pas laissé menotter, ce qui aurait déclenché une bagarre avec trois des quatre policiers qui intervenaient. L’un d’eux aurait utilisé une matraque pour lui faire plier les genoux. Mais aucun n’aurait volontairement baissé son pantalon. Selon LCI, l’IGPN déplore «un accident grave et réel» mais écarte l’idée de «viol délibéré», car il n’y a pas d’élément intentionnel.

Ces éléments issus de la vidéosurveillance, notamment sur la question du pantalon de Théo, étaient déjà ceux qui avaient motivé la requalification des faits de «viol» en «violences volontaires» lors de l’ouverture de l’information judiciaire. La décision avait été très contestée, notamment par le maire de la ville. Un des policiers a finalement été mis en examen pour «viol» par la suite, les trois autres pour «violences volontaires». Toutefois, le parquet a tenu à préciser, jeudi soir, que le rapport de l’IGPN était connu des parties dès le 5 février, et «ne constitue pas un élément nouveau». Par ailleurs, ces investigations avaient été diligentées au cours de l’enquête qui a précédé l’ouverture de l’information judiciaire.

Dans un récit détaillé de l’interpellation qui a dégénéré, Le Parisien évoque également, jeudi, le fait que le pantalon de Théo ait pu glisser lors de l’empoignade. «Un policier tient les amis de Théo à distance alors que ses trois collègues tentent de maîtriser le jeune homme. Lui se débat en tous sens, ce qui a pour effet de faire glisser son pantalon de survêtement sur le haut des cuisses», explique le quotidien. Le journal évoque par ailleurs la scène qui précède l’affrontement, lors de laquelle «Théo, 21 ans, silhouette athlétique de 1,90 m, grimpe les escaliers, remontant d’un geste machinal son pantalon de jogging bleu sombre qui glisse sur ses hanches».

Le Parisien ne précise pas si cette description correspond à des images enregistrées, mais explique avoir basé ce récit des événements sur les déclarations des policiers à la justice, leur rapport d’intervention, le récit de Théo et de ses amis «ainsi que des nombreuses vidéos filmées par les habitants». Le journal indique par ailleurs que la matraque a transpercé le caleçon que le jeune homme avait sur lui.

Déterminer si le geste est intentionnel

Outre le pantalon, reste la question du geste responsable de la blessure grave de Théo. Pour l’avocat du policier mis en examen pour viol, il s’agit d’un accident. «L’IGPN, à la fin de la garde à vue, a effectivement fait le constat avec le parquet qui a également visionné ces images» de vidéosurveillance, «du caractère à l’évidence, non intentionnel du geste du fonctionnaire», a affirmé Me Frédéric Gabet jeudi matin sur RTL.

Le jeune homme, de son côté, a affirmé l’inverse sur son lit d’hôpital: «J’étais de dos mais de trois quarts. Je l’ai vu avec sa matraque: il me l’a enfoncée dans les fesses, volontairement», a-t-il déclaré selon un enregistrement de ses propos par son avocat, Me Éric Dupond-Moretti. Ce dernier souligne auprès de BFMTV que les constats de l’IGPN ne sont pas nouveaux et que le procureur de Bobigny s’était appuyé dessus pour requalifier les faits de «viol» en «violeneces volontaires». «Il n’y a pas d’éléments nouveaux. Vous imaginez bien que le policier ne va pas dire “oui j’avais l’intention de le violer”. Mais l’utilisation d’une matraque comme ça c’est un viol», tranche l’avocat, estimant qu’«il faut laisser la justice suivre son cours» sans «déchaîner les passions».

L’enquête se poursuit et, selon LCI et Le Parisien, la juge d’instruction n’a pas encore visionné les vidéos en question. Une analyse image par image doit avoir lieu afin de déterminer si le geste du policier est intentionnel ou non. La question est essentielle pour déterminer si l’acte relève d’un délit et s’il peut être qualifié de viol. Dans le cas contraire, la juge pourrait choisir de requalifier les poursuites.

De nouvelles manifestations

En parallèle de l’instruction, les tensions ne sont que partiellement retombées dans la ville et se propagent en Seine-Saint-Denis, malgré les appels au calme de Théo et sa famille. Jeudi soir, 25 nouvelles interpellations ont eu lieu pour violences urbaines. Quelques véhicules et poubelles ont été incendiés à Tremblay-en-France, Pierrefitte, Bobigny, Noisy-le-Grand notamment, précise l’AFP. Il s’agit de la sixième nuit consécutive marquée par des échauffourées.

De nouvelles manifestations ont eu lieu, avec une tension un peu moins grande que lors des jours précédents. À Rennes, 180 personnes se sont rassemblées sans incident. La veille, 200 personnes avaient tenté d’aller manifester dans le centre mais en avaient été empêchés par des cordons de forces de l’ordre. Quelque 300 personnes ont également manifesté à Lille. «Justice pour Théo et pour toutes les victimes de violences policières», pouvait-on lire sur une banderole en tête de cortège.

Mercredi soir, à Nantes, 300 à 400 manifestants avaient brièvement défilé derrière une banderole «Solidarité avec Aulnay, justice pour Théo». À Paris également, une nouvelle manifestation avait rassemblé environ 250 personnes demandant «justice pour Théo» et scandant «Flics, violeurs, assassins!».

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