Ces écoles de football qui arnaquent les jeunes Africains

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Le constat est partout le même. Chaque année, ce sont des milliers de jeunes africains qui quittent le continent dans l’espoir d’intégrer un club professionnel en Europe. Trompés par des agents véreux et encouragés par leurs propres parents, ils débarquent en Europe avec la conviction de réussir dans le football professionnel.

Hélas, la quasi-totalité de ces adolescents ne voit jamais un camp d’entraînement. Ils se retrouvent donc en train de végéter dans la rue, sans papiers et sans perspective d’avenir. « Je jouais dans l’équipe cadette du Stella Club d’Adjamé en 2005, quand un intermédiaire m’a rencontré et proposé de me faire partir en Tunisie pour un essai dans un club. Mes parents ont donné leur accord et lui ont remis la somme de 1 million de Fcfa (1524,50 euros). Une fois en Tunisie, il a disparu et je me suis retrouvé seul. J’ai rencontré d’autres africains qui sont arrivés dans les mêmes conditions que moi », se souvient le jeune Koffi Kouamé âgé de 20 ans.

A l’image du jeune Koffi Kouamé, ils sont des milliers qui ont intégré le circuit des 576 centres de formation recensés en 2009 en Côte d’Ivoire avec pour rêve un départ en Europe. Mais si les parents favorisent eux-mêmes l’exode de leurs enfants, il faut aussi compter avec la foule d’intermédiaires qui profite de leur naïveté. En effet, en plus des faux managers africains, qui expliquent aux parents que leur enfant joue bien et qu’il faut lui faire établir un passeport et fournir le billet d’avion, des ex-entraîneurs européens ou africains, des dirigeants ou anciens joueurs participent également à cette filière clandestine. Grâce à des complices au sein de différentes Fédérations africaines et d’ambassades européennes, obtenir rapidement un visa court séjour ne serait ensuite qu’une formalité. «L’Europe, c’est l’objectif de tous nos jeunes ivoiriens. Ils sont prêts à partir à tout prix. Les jeunes ont tous des rêves de gloire à l’image des Drogba, Kolo etc. Mais ils sont aussi prêts à jouer dans les clubs amateurs, on peut gagner jusqu’à 655’000 FCFA (1’000 euros) par mois en France. Ce qui n’est pas le cas chez nous», explique Olivier Koutouan, le président de l’Athlétic club d’Adjamé.

C’est véritablement dans les années 90 que le phénomène des migrations dans le domaine du football a pris de l’ampleur. Il s’est accentué quand les journaux européens ont commencé à rendre public les gros salaires que touchaient les joueurs africains dans leur club respectif. L’Europe du football ayant ouvert grandement ses frontières, les jeunes africains ont commencé à déserter leurs championnats nationaux pour ceux de la France, de l’Italie, de l’Angleterre, de l’Espagne et de l’Allemagne. Le marché des principaux grands championnats européens étant devenu aujourd’hui étroit par rapport à l’offre, les footballeurs africains se tournent vers d’autres championnats, moins relevés certes, mais indispensable pied-à-terre, en attendant une proposition plus alléchante. Entre 2000 et 2003, les associations nationales africaines délivraient en moyenne entre 500 et 1’000 lettres de sortie par an. Aujourd’hui, il faut multiplier ce chiffre par deux.

Cependant beaucoup de jeunes partent désormais sans ce certificat de transfert. « Les stars africaines sont de plus en plus nombreuses en Europe. Du coup, les familles cherchent à y envoyer leurs enfants. C’est une forme d’exploitation. Nous pensons que nous devons tous mener une campagne de sensibilisation pour freiner l’exode de ces jeunes-là », observe Anoï Castro, le président de la Fondation Issa Hayatou, du nom du président de la Confédération africaine de football. Inaugurée en mars dernier, cette Fondation définit ainsi son objectif: aider les jeunes, en Afrique, à s’épanouir par la pratique du football en leur apportant le soutien matériel dont ils ont besoin. Elle se propose aussi d’organiser des conférences et des séminaires à l’intention de la jeunesse pour qu’elle s’imprègne des réalités du football moderne, en luttant notamment contre l’exode massif des jeunes footballeurs africains : « Je pense que nous devons prendre le phénomène de l’exode massif des jeunes footballeurs africains en Europe dans sa globalité. Il ne faut pas le dissocier du phénomène de l’immigration. Tout le monde veut aller vers un monde meilleur qui est l’Europe», tranche pour sa part Ouattara Hégo, le secrétaire général de la Fédération ivoirienne de football. Ce sont des centaines de lettres de sortie qui atterrissent chaque année sur la table de la Fédération ivoirienne de football : « Poussés par leurs parents, avec l’aide des soi-disant managers, tous ces jeunes veulent partir. Nous recevons également des demandes d’assistance de la part de certains de jeunes qui ont été abandonnés en Europe. Il arrive que parfois, ce soit nous qui devions leur payer le billet retour », ajoute le responsable ivoirien de la FIF.

Les jeunes footballeurs africains sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance dans un grand club européens. Pour freiner un tant soit peu ce phénomène, la Fifa a lancé un programme baptisé « Gagner en Afrique avec l’Afrique » qui concerne la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Ce projet est aussi destiné à lutter contre l’exode des jeunes footballeurs africains par la structuration du football en créant des ligues nationales sur l’ensemble de l’Afrique. Il bénéficie de l’appui des fondations Nelson Mandela et Bill Clinton, l’Union africaine et les principaux sponsors de la Fifa et dispose d’un budget de 31’302’608’416 Fcfa (70 millions de dollars US) pour la période de 2007 à 2010.

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