Comment l’économie de la Turquie reste stable malgré la crise

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A quelques mois des élections, le premier ministre-candidat Recep Tayyip Erdogan a multiplié les pressions sur la banque centrale. Une franche baisse des taux d’intérêt stimulant la croissance et les investissements aurait évidemment constitué un bon argument électoral. C’est pourtant le tour de vis monétaire, marqué par un relèvement massif des taux d’intérêt à la fin du mois de janvier 2014 qui a probablement sauvé le pays de la crise financière qui l’aurait mené tout droit à la récession.

Recep Tayyip Erdogan

L’économie avait encaissé tout au long de 2013 trois chocs successifs : les premières menaces de resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale au printemps, puis les violentes manifestations de la place Taksi, au cœur d’Istanbul, enfin le scandale de corruption visant le premier ministre Erdogan. Les investisseurs, refroidis, avaient quitté le pays provoquant la chute de la livre turque. qui avait perdu plus de 30 % de sa valeur vis à vis du dollar entre le premier janvier 2013 et le premier janvier 2014. C’est contre l’avis du gouvernement que la banque centrale turque avait massivement relevé ses taux en janvier à 12 % endiguant du même coup les sorties de devises et la chute de la monnaie.

A la veille de l’élection présidentielle, la stabilité financière est rétablie et l’activité, certes moins bouillonnante qu’à la fin des années 2000, s’est montrée étonnement robuste au premier trimestre avec une hausse de 4,3 % du PIB après une croissance de 4 % l’an dernier. C’est aussi l’objectif du gouvernement pour cette année. La monnaie, toujours faible, continue d’alimenter l’inflation ( 9,3 % en juillet) mais elle a donné un coup de fouet aux exportations et le dynamisme économique a contribué à réduire le déficit public ( à 1, 2 % du PIB) exemplaire, tout comme le niveau de la dette publique ( 36 % fin 2013). La vraie faiblesse de l’économie turque réside dans le déficit de sa balance courante (7,9 % du PIB ) financée, compte tenue de la faiblesse de l’épargne privée et d’investissements directs insuffisants, par des capitaux étrangers à court terme, soumet le pays à une forte dépendance aux financements extérieurs et à une grande volatilité financière. Les ménages ont cependant de bonnes raisons d’être satisfaits des progrès économiques réalisés au cours des dix dernières années, sous le gouvernement Erdogan. Le revenu moyen dans le pays été multiplié par trois et le pays s’est hissé au 17 ème rang mondial. « Non seulement le niveau de vie est en Turquie parmi les plus élevés des émergents mais c’est là que les inégalités sont les moins criantes » note l’économiste Sylvain Bellefontaine.

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