Dred Scott, un combat sans relâche pour acquérir la liberté

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1795-1858

Plaignant pour la liberté

Pour obtenir sa liberté Dred Scott mena un combat au cours de l’une des plus importantes batailles de l’histoire des États-Unis. Il est allé devant la justice en 1847. Après dix ans d’appels de revirements, son cas a finalement été porté devant la Cour Suprême des États-Unis. Dans ce qui est peut-être le cas le plus ignominieux dans son histoire, la Cour décida que toutes les personnes ayant une ascendance africaine – esclaves ou personnes libres – ne pourraient jamais devenir des citoyens des États-Unis et donc ne pourraient pas demander justice devant la cour fédérale. La Cour a également décidé que le gouvernement fédéral n’avait pas le pouvoir d’interdire l’esclavage dans ses territoires. Scott resta donc esclave.

Dred Scott est né esclave autour de 1795 en Virginie. Il portait le nom de « Sam ». Il s’est déplacé avec son maître dans plusieurs Etats: l’Alabama et le Missouri. Au début des années 1831, alors qu’il réside avec son propriétaire John Brown à Saint Louis dans le Missouri, il est vendu au Dr. John Emerson, chirurgien dans l’armée des États-Unis. Emerson est amené à se déplacer au grés de ses différentes affectations, et le plus souvent, Scott le suit. Il séjourne notamment dans l’état de l’Illinois de 1834 à 1836, puis jusqu’en 1838 à Fort Snelling, dans ce qui est alors le Territoire du Wisconsin, aujourd’hui dans l’État du Minnesota.

Emerson achète Harriet, une autre esclave à un officier en poste avec lui. Scott et Harriet se marient, avec le consentement d’Emerson.

L’esclavage n’existe ni dans l’état de l’Illinois, ni dans le territoire du Wisconsin, et il serait alors possible aux Scott de quitter le service d’Emerson.

Emerson revient avec Scott et sa famille dans le Missouri, à Saint Louis, et meurt en 1843. Les Scott devienent la propriété de sa veuve Irène. Deux filles leur naissent, Eliza et Lizzie. En 1846, Scott demande à Irène Emerson à racheter sa liberté. Selon Scott, Irène Emerson aurait refusé.

Quelques années plus tard, Scott, – grâce à l’aide de Peter Blow le fils de son premier maître, du frère d’Irene Emerson et de quelques autres abolitionnistes blancs, – intente une action en justice contre la veuve du Dr Emerson. L’esclave fait une demande d’affranchissement, maintenant que sa résidence dans un état antiesclavagiste l’a effectivement rendu libre.

Le maître pouvait autoriser un esclave à travailler pour son propre compte pendant son temps libre, et éventuellement, accepter de lui rendre sa liberté en échange d’une certaine somme d’argent; il s’agit d’un arrangement strictement privé, dont le maître est seul juge : l’esclave, légalement incapable ne peut pas conclure de contrat ou détenir de propriété qui soit légalement reconnue.

Scott attaque Irène Emerson pour séquestration et violence (« wrongful imprisonment and battery »), devant les tribunaux du Missouri. Les procédures ne s’achéveront que onze ans plus tard devant la Cour suprême des États-Unis.

Pendant ces onze ans, le conflit entre le Nord et le Sud sur l’esclavage ira en s’accentuant, avec la controverse précédent le compromis de 1850, l’indignation du Nord aprés le vote de la loi sur les esclaves fugitifs (« Fugitive Slaves Act »), qui fait pourtant parti du compromis, et plus encore aprés le « Kansas Nebraska Act », et parallélement à cette indignation, la colére du Sud qui, en réponse à ce qu’il perçoit comme une volonté d’ingérence et une agression contre son mode de vie, et menace de plus en plus de faire sécession. Cette tension desservira les Scott.

En premiére instance, le juge donna raison dans un premier temps à Madame Emerson puis dans une seconde décision à Dred Scott.
Mais en 1852 la Cour suprême du Missouri cassa la seconde décision et ordonna de remettre en esclavage Dred Scott et sa famille.

Scott est ensuite transféré au frère de Mme Emerson, John F.A. Sanford de New York. Sanford aide Scott (ainsi que son épouse Harriet) à faire appel de l’arrêt rendu par la Cour suprême du Missouri et, finalement, la cause se rend jusqu’à la Cour suprême des États-Unis.

La décision de la Cour du 6 mars 1857

La Cour suprême des États-Unis était composée de cinq juges sudistes et de quatre juges nordistes. Le Président sudiste, le « Chief Justice » Roger Taney originaire du Maryland était un ancien esclavagiste.

Il affirma dans un « obiter dictum » (une opinion non requise par la cause) que « les esclaves et les descendants d’esclaves libérés n’étaient pas des citoyens car lorsque la Constitution fut adoptée en 1787, les Noirs avaient été considérés depuis plus d’un siècle comme des êtres inférieurs. »

Autrement dit, il estimait que Dred Scott comme tous les esclaves nés dans un Etat esclavagiste ne pouvaient obtenir leur émancipation sur le simple fait d’avoir résidé dans un Etat libre. C’était donc l’Etat d’origine qui déterminait la qualité d’une personne.

L’opinion du Chief Justice Taney fut approuvée par six autres juges (quatre sudistes et deux nordistes) sur les neuf juges de la Cour. Le juge Benjamin R. Curtis et son collègue Mc Lean s’y opposérent farouchement.

Les conséquences de cette décision

Naturellement, cette décision provoqua des protestations dans les régions du Nord et parmi tous les abolitionnistes à travers le pays. Pour les sudistes, la décision de Taney était une victoire majeure, confirmant leurs arguments en faveur de l’esclavage.
L’opinion du juge en chef, loin de solutionner le dilemme, ne servit qu’à intensifier les passions.

Sur le plan juridique , en se prononçant sur la validité du « compromis du Missouri » la Cour suprême déclara pour la première fois inconstitutionnelle une loi adoptée par le Congrès en 1830. L’arrêt Dred Scott souleva une levée de boucliers et non un consensus.

Désormais le Sud était en mesure d’appuyer son mode de vie économique et sociale sur une décision provenant des plus hautes instances du systéme juridique des Etats-Unis. De plus, l’unité nationale, qui était déjà extrêmement tendue et fragile, risquait maintenant de se briser à tout jamais, car le Sud croyait de plus en plus que les États avaient le droit de se retirer de l’Union si jamais ils se sentaient menacés. Bref, si les États antiesclavagistes ne pouvaient pas, selon les sudistes, respecter une décision émanant de la Cour suprême, ils pouvaient également refuser de respecter et d’accepter le mode de vie des gens du Sud. Si tel était le cas, la sécession demeurait la seule réponse honorable et possible. L’esclavage n’était donc pas le seul facteur affectant les relations entre le Nord et le Sud à la veille de la Guerre Civile; la souveraineté des États, c’est à dire, le droit de pouvoir quitter ou non l’Union librement était aussi important sinon plus.

Quatre ans plus tard, la nation américaine se trouvant devant une impasse politique provoquée par le refus et l’intransigeance des politiciens sudistes sur la question de l’esclavage, sombra dans la guerre civile.

Iréne Emerson décida de rendre Dred Scott et toute sa famille (sa femme et ses deux filles) à la famille de son premier propriétaire. Peter Blow les émancipa, ils continuèrent à vivre à Saint Louis, mais Dred mourut 16 mois plus tard – le 17 septembre 1858 – de tuberculose. Sa femme et ses filles survécurent à la Guerre Civile.

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Ce couple admirable combattit très dur pour leur liberté, il est enterré dans le cimetière de Saint Louis

Sur la tombe d’Harriet il est écrit: « Your plea for equality was raised in obscurity, but in time it became the rallying cry of a people determined to abolish slavery. Yours was a strong seed planted in the pursuit of freedom rising. » et sur celle de Dred on peut lire: « In memory of a simple man who wanted to be free. » (source:medarus)

 

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