Foot: Transferts frauduleux pour l’OM? Les ex-présidents placés en garde à vue

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Mardi, trois présidents de l’OM, l’actuel (Vincent Labrune) et ses prédécesseurs (Pape Diouf et Jean-Claude Dassier), ont été placés en garde à vue. En cause : plusieurs transferts présumés frauduleux, dont celui d’André-Pierre Gignac en 2010. La justice soupçonne qu’il a donné lieu à des rétrocommissions au bénéfice de figures du grand banditisme. Ces pratiques, on les assimile volontiers au folklore marseillais sans élargir la question au football français dans sa globalité. À tort.

Christophe Hutteau a été l’agent de Mathieu Valbuena et de Charles Kaboré, deux joueurs parmi d’autres qu’il a fait transférer à l’OM à l’époque des faits. « Je n’ai jamais senti la moindre pression extérieure pesant sur les dirigeants de l’OM, ni sur moi, assure-t-il. Ces gens peu recommandables dont on parle, je ne les ai pas vus et je n’ai même jamais entendu parler d’eux. J’ai toujours pu travailler en toute quiétude, et en confiance. On ne m’a jamais rien demandé. » Même son de cloche du côté de Pierre Dréossi, alors manageur général du Stade rennais, que nous avons également sondé : « J’étais en première ligne pour le transfert de Stéphane Mbia en 2009 et je n’ai jamais entendu parler de rétrocommissions. Toutes les transactions effectuées avec l’OM étaient normales. »

« Les rétrocommissions sont devenues la norme »

C’est justement en ce qui concerne la notion de normalité que le bât blesse. Certes, les liens entre plusieurs joueurs transférés à l’OM à cette période et des individus connus du banditisme corso-marseillais ont été établis, mais faut-il être un bandit pour s’enrichir en marge de transferts ? « Les rétrocommissions sont devenues la norme dans le milieu du foot depuis plusieurs années et rien n’est fait pour y mettre fin, nous explique l’agent Jennifer Mendelewitsch. Aujourd’hui, des tas de gens se prétendent agents mais où sont les mandats ? »

Une convention tripartite existe pourtant. Le club est censé écrire combien l’agent est payé et le joueur donner son accord pour que le document soit envoyé à la LFP. Mais ce document resterait souvent lettre morte. « Beaucoup d’agents servent de prête-nom à des intermédiaires qui ne possèdent pas de licence. Et il faut bien leur reverser de l’argent ensuite, d’une manière ou d’une autre… Ça se passe partout. Dans 85 % des transferts, il y a une irrégularité de la sorte, poursuit Jennifer Mendelewitsch. On parle de l’OM parce que l’affaire initiale ne concernait pas le foot. Mais les autres clubs devraient se méfier. Il suffit qu’une plainte soit déposée pour qu’il y ait enquête. »

GARDE A VUE

L’ancien et l’actuel président de l’Olympique de Marseille ont été placés en garde à vue.

« Pour la première fois depuis mon arrivée à la présidence de l’OM (en juin 2011), j’éprouve un sentiment de plénitude », lâchait Vincent Labrune au Parisien il y a dix jours. Mais à Marseille, le calme suit ou précède toujours la tempête. Ce mardi matin, le dirigeant a été placé en garde à vue, comme son directeur général Philippe Pérez et l’ancien président du club, Jean-Claude Dassier, nous apprend iTélé. En cause : le transfert d’André-Pierre Gignac en août 2010, que la justice soupçonne d’avoir donné lieu à des rétrocommissions illégales au bénéfice de différents intermédiaires.

Ces interpellations surviennent dans le cadre d’une enquête qui avait déjà conduit l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) à perquisitionner, avec le concours d’un juge d’instruction marseillais, plusieurs bureaux de la Commanderie, le centre d’entraînement de l’OM, le 16 janvier 2013. Les trois hommes n’ont donc pas été surpris et ont calmement suivi les policiers. Dans ce dossier, le club phocéen a toujours clamé son innocence. Mais comme ces dirigeants validaient toutes les opérations financières du club à l’époque des faits, il se trouvent fatalement au cœur des soupçons. Comme l’agent du joueur, Jean-Christophe Cano, qui avait directement négocié avec eux.

Des discothèques d’Aix-en-Provence à André-Pierre Gignac

Si les enquêteurs en sont venus à s’intéresser au transfert de Gignac, c’est parce qu’ils conduisaient initialement une information judiciaire contre X pour « extorsions de fonds, blanchiment et associations de malfaiteurs », au préjudice de plusieurs discothèques d’Aix-en-Provence. Dans leur ligne de mire, le grand banditisme corse, et plus particulièrement Ange-Toussaint Federici et ses hommes, qui pourraient bien être les fameux intermédiaires. Parmi eux, Christophe d’Amico, figure de la nuit aixoise, proche de cette bande et, accessoirement, ancien agent de Gignac. « Je l’ai connu à 14 ans, c’est comme s’il faisait partie de ma famille, mais il ne s’occupe pas de mes intérêts », assurait l’attaquant au Parisien en mars 2012…

Dans ce même journal, une source proche du dossier confiait : « D’Amico sert de passerelle entre des individus connus du banditisme corso-marseillais et le monde du football, on le retrouve de près ou de loin sur les transferts de plusieurs joueurs dans les clubs de Bastia, d’Evian-Thonon-Gaillard et de l’OM. » L’individu aurait ainsi exercé de nombreuses pressions sur les représentants officiels de Gignac, dont Jean-Christophe Cano, qui gère d’ailleurs aussi les intérêts de Benoît Trémoulinas, approché par l’OM en juin 2011. Le monde est petit.

Diouf et Anigo concernés aussi

Les enquêteurs pourraient, en outre, interroger Labrune et Pérez au sujet du transfert de Souleymane Diawara en 2009. Parce que l’agent licencié Jean-Luc Barresi, un homme d’affaires condamné en décembre 2012 à quatre ans de prison (dont un ferme) pour une vieille affaire d’extorsion de fonds sur le port de Marseille (dont il a fait appel), a touché 25% de commissions dans la transaction… alors qu’il n’a jamais été l’agent de Diawara. Pour le coup, le président concerné ne serait plus Dassier mais Pape Diouf, lui aussi interpellé ce mardi, selon RTL. La police aurait également perquisitionné, durant cette même matinée, le domicile de l’ex-directeur sportif José Anigo. (source:metronews)

 

 

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