Interview François Durpaire

F[1][1].Durpaire

/ Qui êtes vous François DURPAIRE ? Historien ? Ecrivain ? Journaliste ? Comment vous définiriez vous ? Pensez-vous que ces domaines sont liés autant dans votre vie qu’en eux-mêmes ?
Je suis d’abord maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Cergy-Pontoise. Historien des Etats-Unis, je suis également écrivain et consultant pour la télévision et la radio. Une partie de mes livres portent sur les question liée aux identités, notamment dans un monde globalisé. 

2/ Qu’est-ce qui vous a amené jusqu’au journalisme ? Ce n’est pas le cas de beaucoup d’historiens, ni d’écrivains. Vous paraissez parfaitement à l’aise dans tous les domaines

Un vrai hasard. J’ai été amené à écrire et publié en 2007 la première biographie en français d’un candidat américain alors totalement inconnu : Barack Obama. J’ai commencé à être régulièrement dans les médias et depuis je me suis aperçu que cette manière de faire passer ses analyses était importante. J’aime aussi écrire des documentaires, notamment avec ma collaboration avec la BBC.

3/ Pourquoi avez-vous pris autant d’intérêt à l’Histoire des Etats Unis ?
C’est un pays qui m’apparaît important pour comprendre le monde aujourd’hui, notamment dans sa capacité à faire vivre ensemble des gens très différents. E pluribus unum : c’est le sens de sa devise ! Comment faire l’unité à partir d’une pluralité de religions, de couleurs, d’idées ?

4/ Qu’est-ce qui vous a conquis dans l’immense sujet qu’est l’Afrique ?
J’ai fait ma thèse sur les relations entre les Etats-Unis et l’Afrique et j’ai acquis la conviction que le XXI e siècle sera le siècle de l’Afrique. Je vais bientôt à Brazzaville comme responsable de la formation d’un réseau éducatif nommé « Terre d’école ». Et je prépare une Histoire de l’Afrique, mais je ne vous en dis pas plus…

5/ Comment avez-vous été amené à cibler avec autant d’intensité et de clarté la question des origines ?
La thématique centrale de mon oeuvre est la question de la Relation comme moteur de l’histoire, à la fois individuelle et collective, dans la continuité du grand penseur martiniquais Edouard Glissant. Dans cette perspective, ce n’est pas tant la question des origines qui m’intéresse comme objet figé mais plutôt celle de l’identité comme construction et va et vient entre les racines d’une part et la rencontre d’autre part.

6/ Vous donnez à l’histoire de l’esclavage une vision dynamique et positive : et ce qui est rare et neuf, du moins en France, vous donnez une grande place aux esclaves eux-mêmes dans la prise de conscience des droits de l’homme, et dans ce qui est récent dans l’histoire humaine : l’abolition de l’esclavage. C’est une position extrêmement positive, autant pour les descendants des esclaves que pour ceux qui l’ont pratiqué car au lieu d’en rester aux attitudes repliées de revanche et aux culpabilités, elle permet un avenir constructif. Comment vous êtes vous libéré du poids négatif de ce passé pour ouvrir l’issue de la pluri-identité à nos sociétés ?

Oui, j’ai été nommé en 2009 membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, ce qui m’a permis d’avoir une action notamment dans le domaine de l’enseignement de cette partie de l’histoire de l’humanité. L’enjeu est de taille : le retour de l’esclave au coeur de l’histoire du monde, est la condition d’appréhension d’une vérité moins partiale, et donc d’une avenir fondé sur une relation moins asymétrique entre les ères de civilisation, notamment entre l’Afrique, l’Amérique noire et métisse, et le reste du monde.

7/ Quelle est la place de la musique dans votre vie ? Vous faites partie des organisateurs du jeune festival de jazz de Gorée ? Comment êtes vous venu à ce domaine ?

Grâce à mes parents, qui m’ont mis à la clarinette lorsque j’avais 7 ans. C’est un instrument qui fait le pont entre des histoires, des populations, des cultures. On le retrouve chez Mozart comme dans les orchestres de Jazz de la Nouvelle Orléans. J’en ai gardé l’idée que l’Art était la discipline du partage humain.

8/ Pensez-vous que cette musique, ou que toutes les musiques peuvent contribuer à épanouïr la pluri-identité ?
Oui, bien évidemment. Se rapprocher de l’autre, c’est s’intéresser à ce qu’il aime, à ce qui le fait vibrer, à ce qui provoque chez lui de l’émotion. L’idée qu’il y aurait une musique pour les Blancs et une musique pour les Noirs est le contraire de ma philosophie. Se priver d’une partie du patrimoine musical de l’humanité, c’est refuser une part de son potentiel émotionnel, comme si on refusait de voir certains couleurs. Je ne vis qu’avec du rouge et du bleu, en revanche, je me refuse le vert, le jaune etc.

9/ Quels sont vos projets à venir ? Et surtout ceux qui vous tiennent le plus à cœur ?
Écrire une grande histoire de l’Afrique. C’est mon projet prioritaire. Mais en septembre prochain, je sors mon prochain livre, qui s’intitulera La fin de l’école. De quoi je parle ? Que nous sommes entrés dans une ère du « savoir-relation » : l’école va disparaître au profit d’une créolisation éducative.

10 / Si je vous dis Time For Africa à quoi pensez-vous ?
Je me dis que vous avez du nez. Parce que le XXI ème siècle sera le temps de l’Afrique. Les sociétés et opinions d’Afrique ont a à offrir à notre humanité un récit alternatif, fondé sur le lien, le partage, le refus d’un monde qui ne serait guidé que par le marché.

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