Manuel Valls : « On ne peut pas réparer l’esclavage mais on peut préparer l’avenir »

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En tournée en Afrique de l’Ouest (Togo, Ghana et Côte d’Ivoire) du 28 au 30 octobre, le Premier ministre français, Manuel Valls, a choisi d’évoquer à la fois l’avenir mais aussi le passé des relations entre l’Europe et l’Afrique. Objectif : en expurger tous les dits et non-dits douloureux afin de rebâtir de nouveaux liens de confiance.

Renouveler les partenariats Europe-Afrique…

À Accra, la capitale du Ghana, Manuel Valls a évoqué et défendu samedi l’idée d’une « alliance du XXIe siècle » entre l’Europe et l’Afrique. À ses yeux, il s’agit d’un impératif commandé par la forte éventualité que les Africains aillent « voir ailleurs ». Et de pointer du doigt « les nouveaux concurrents » que sont « les pays émergents comme la Chine ». « L’Afrique se tourne et doit se tourner vers l’Europe. Si nous ne répondons pas à cet appel, si nous ne captons pas ce regard, alors elle ira voir ailleurs », a-t-il précisément dit, rappelant que « la France a reculé parfois au cours de ces dernières années face aux pays émergents qui ont décidé d’investir en Afrique ». « La France a donc devant elle une immense responsabilité : proposer à l’Europe, proposer à l’Afrique, une alliance du XXIe siècle. C’est notre responsabilité, à nous Français, de bâtir ces partenariats qui font la force de nos économies et de nos démocraties », a-t-il plaidé. Il a notamment insisté sur les crises migratoires en ces termes : « Nous devons être capables de maîtriser les crises migratoires mais aussi d’être dignes », ajoutant ce qui apparaît comme un leitmotiv de son voyage : « L’Afrique est le continent d’avenir ».

C’est dans cet état d’esprit que le Premier ministre français a abordé l’étape ghanéenne. Faut-il le rappeler, le Ghana est une ancienne colonie britannique mais aussi une ex-place forte du commerce des esclaves. Il va ainsi y visiter la Franklin House, une ancienne maison de traite. De fait, Manuel Valls a tenu à montrer combien la France est désormais attachée à diversifier ses partenariats par une intégration complète et réelle de l’Afrique anglophone dans ses nouvelles offensives économiques et diplomatiques sur le continent. De quoi confirmer d’ailleurs le signal envoyé par François Hollande lors de sa visite en juillet 2015 en Angola, pays emblématique de l’Afrique lusophone.

… avec un regard différent sur l’histoire commune…

Au-delà, ce voyage en Afrique est pour Manuel Valls une occasion d’entrer dans les entrailles de relations entre l’Europe et l’Afrique pas toujours heureuses. C’est tout le sens de sa tribune publiée ce dimanche dans le quotidien français Le Monde et le mensuel anglophone The Africa Report. Son titre : « On ne peut pas réparer l’esclavage mais on peut préparer l’avenir ». Le Premier ministre français y appelle à « s’affranchir du passé » de l’esclavage.

Dans cette logique, il repousse toute revendication visant des réparations financières. Défendant l’idée d’une « mémoire apaisée » de l' »horreur » et du « désastre » de la traite négrière, Manuel Valls plaide pour la création d’un système d’échanges euro-africain sur le modèle d' »Erasmus », plutôt que des « réparations » réclamées par certains militants, selon l’AFP. « Il ne s’agit pas tant de vivre dans l’idée d’une réparation car, comme disait le grand poète martiniquais, descendant d’esclaves, Aimé Césaire, l’esclavage est irréparable, mais de regarder vers demain, c’est-à-dire renforcer les liens entre nos deux continents », dit-il.

… dont il ne faut pas oublier les horreurs

« La traite négrière a été un désastre à grande échelle. Cette réalité doit être rappelée, enseignée, martelée. Il faut toujours rappeler l’enfer de douze millions d’hommes, de femmes, d’enfants arrachés à la terre de leurs ancêtres pour traverser l’Atlantique, enchaînés, réduits à l’état de bétail, de marchandises. Combien d’atrocités, de viols, de meurtres ! C’est un crime contre l’humanité », comme le reconnaît depuis 2001 en France la loi Taubira, dit le Premier ministre dans sa tribune. Et d’ajouter : « La mémoire ne doit pas désunir, elle doit au contraire refermer les fractures et rassembler, dès lors que l’on fuit ce penchant terrible de la concurrence mémorielle, de la hiérarchie, de la comparaison entre les souffrances des uns et les malheurs des autres. »

Cité par l’AFP, Manuel Valls regrette « le temps qu’il aura fallu pour reconnaître la réalité de l’esclavage », les « silences » ainsi que les « non-dits ». « S’affranchir de son passé, ce n’est pas absoudre ceux qui ont pu commettre des crimes. Ce n’est pas oublier (…) S’affranchir du passé, c’est connaître l’histoire et être fier de ce que l’on est aujourd’hui (…) S’affranchir de son passé, c’est aussi se tourner avec enthousiasme vers l’avenir », poursuit le Premier ministre, qui appelle enfin « à ne pas confondre l’histoire de l’Afrique et celle de l’esclavage, à laquelle on veut trop souvent la réduire ». Et de conclure : « Je sais que l’Afrique a en elle la force de s’affranchir de ce passé. » Une expression qui traduit une forte confiance en l’avenir du continent. (le point)

 

 

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