Mode: A la découverte du créateur et artisan CISSE SAINT MOÏSE

1913584_975910022485663_2271700920475900425_n-660x550

CISS SAINT MOÏSE : VERS L’INDUSTRIALISATION DE LA MODE AFRICAINE

La rédaction d’Into The Chic a rencontré le créateur ivoirien Cissé Moussa, a.k.a Ciss Saint Moïse, à l’occasion de la prochaine édition du festival N’Zassa Mode qui se tiendra du 9 au 12 mars à Treichville.

Fort de 25 ans d’expérience, Ciss Saint Moïse s’est forgé une réputation dans le secteur de la mode africaine. Fondateur de la société Tropic105, il est à la tête de deux maisons implantées à Abidjan. Et bientôt quatre. Artisan, comme il préfère se définir, créateur d’élégance, homme d’affaires, et transmetteur d’un savoir-faire qu’il défend corps et âme, Ciss Saint Moïse compte bien faire de la mode africaine une industrie. De passage à Paris, nous l’avons rencontré à deux pas du quartier du Sentier, épicentre de la confection textile et de la création afro, pour revenir sur l’ambitieux festival N’Zassa qui se tiendra en mars à Abidjan, dans le quartier de Treichville : vitrine de la beauté et des diversités culturelles africaines.

Chemise noire parfaitement taillée, émaillée de motifs justement colorés sur le boutonnage, le col Mao et les manchettes, sobriété, élégance, et sens du détail … Calme et sérénité, Ciss St Moïse incarne son vêtement.

16195294_1430865523625416_1169999495324924213_n

Vous êtes spécialiste des costumes sur mesure. Vous avez fait du détail, un art. Comment aimez-vous décrire votre style ?

Le style Ciss Saint Moïse, c’est la simplicité. Comme j’aime le dire : « the simple man ». C’est dans cette simplicité que l’on retrouve le détail, de la couture au millimétrage que demande le vêtement, le repassage, l’intérieur du vêtement.

Le vêtement définit la personnalité de l’individu, qu’il s’agisse d’un homme politique, d’un homme de la scène artistique. Pour se démarquer, il faut être à l’aise dans des vêtements simples.

La mode africaine a le vent en poupe, mais on a tendance à la réduire au wax, à la sape, à tort. En tant que spécialiste du costume, quel regard portez-vous ces vagues ?

Je pense qu’il s’agit d’épiphénomènes. Ce sont des modes éphémères, qui vont vite passer. Il faut s’inscrire dans la durabilité du vêtement masculin. Cela ne nous empêche pas de travailler sur le wax par petites touches pour donner un peu plus de vie à ce vêtement épuré que nous proposons.

 

Vous employez volontiers les termes « artisans » et « artistes », pour définir les créateurs. Ce n’est pas hasardeux…

Non, en effet. En Afrique, on retrouve tous les savoir-faire en une personne. Cette dernière peut être à la fois styliste et artisan. Je défends énormément l’artisanat. Parce que c’est une activité qu’on ne valorise pas en Afrique, alors qu’il y a des doigts de fée sur le continent ! Quand on visite notre atelier, les gens sont subjugués de voir que nos pièces sont réalisées avec des petites machines. La transmission du savoir-faire se fait en atelier, avec nos méthodes. On parvient à sortir des choses de qualité égale aux grandes usines. Et cela, on le doit à un savoir-faire. Je me réclame artisan avec beaucoup de fierté ! Raison pour laquelle j’ai été élu Meilleur Artisan 2016 par la République de Côte d’Ivoire.

Lors de la conférence de presse dédiée au N’Zassa, vous avez évoqué la difficulté à satisfaire la demande. Comment y remédier sans perdre le savoir-faire artisanal ?

14939341_1337412179637418_3420301698365634669_o-768x576

Le pont entre l’artisanat et l’industrialisation est simple : le produit artisanal est un produit de luxe, même si en Afrique il n’est pas considéré comme tel. Cela permet de satisfaire des demandes spécifiques. Lorsque le produit commence à être demandé à grande échelle, l’artisan ne peut pas satisfaire cette demande-là. C’est pour cette raison que nous allons transmettre cet espace de savoir-faire au niveau industriel pour satisfaire plus de monde. Nous avons beaucoup de demandes à Dakar, Libreville, Bamako. Il est évident qu’on ne proposera pas le même type de qualité que nos productions artisanales.

Vous disposez de deux maisons de mode en Côte d’ivoire et vous comptez en ouvrir 2 autres… De quelle manière gérez-vous tout cela ?

Nous sommes structurés comme une véritable entreprise. En Afrique, généralement, les métiers de l’artisanat, des tailleurs aux bijoutiers, sont perçus comme des activités de seconde zone. De notre côté, nous avons mis en place une organisation structurelle qui ne cesse d’évoluer. Nous avons un responsable sur l’ensemble des boutiques, un chef de projet qui met en forme toutes les idées que je peux avoir, et qui s’attèle à en étudier la faisabilité etc.

Vous avez également rappelé la difficulté à trouver des investisseurs. Qu’est-ce qui les freine à soutenir la création africaine selon vous ?

Il s’agit d’une réalité effective. Les investisseurs, pour beaucoup, ne connaissent pas le secteur. Pourtant, nos activités sont amenées à grandir. Lorsque quelqu’un se bat pendant plus de dix ans pour que sa marque ait de la notoriété, celui-ci doit pouvoir attirer des gens qui ont du flair pour investir. Mais en Afrique, les gens n’ont pas flairé l’importance de ce secteur. Pourtant les consultants sont les premiers à se rendre compte qu’il y a de l’argent à se faire, mais ils ne sont pas financiers.

Pourtant la mode africaine jouit d’une surexposition aujourd’hui, à l’international. On peine à comprendre pourquoi de potentiels investisseurs ne réagissent pas…

La mode africaine est visible grâce à la présence des créateurs sur les défilés. Ceux-ci sont une formidable plateforme pour faire connaître la marque, mais derrière il faut faire du chiffre.

Ce manque de flair n’est-il pas dû à un manque de connaissance du secteur ? Par ailleurs, il y a une problématique liée à la professionnalisation de la mode africaine…

La question de la formation est un réel problème. Beaucoup d’Africains sont venus se former en Europe, puis sont retournés sur le continent pour transmettre leur savoir-faire à la jeune génération. Celle-ci a appris à utiliser une machine, couper un pantalon, une veste, une robe ou une jupe. Mais elle ne connaît pas le vêtement.

Aujourd’hui, dans cet élan d’industrialisation, le système de formation doit pouvoir changer. Il s’agira de former des gens au métier : au textile, à la coupe, mais aussi à la préparation de collections. La relève doit avoir une vision globale du secteur de la mode.

A travers N’Zassa, vous encouragez le savoir-faire des créateurs africains. Quel est l’enjeu du festival pour les jeunes pousses de la mode africaine ?

C’est une vitrine et aussi une opportunité de parler de toutes les problématiques que l’on vient d’aborder. Nous aurons la chance de recevoir un créateur burkinabè, François 1er, qui a fait ses armes en France et a travaillé dans le quartier du Sentier où nous sommes en ce moment. Il est en train de développer un projet d’industrialisation dans le domaine du textile burkinabè, et a également une expérience dans la production de collections. Ensemble, nous accompagnerons les jeunes créateurs à appréhender ce champ du secteur. D’autres intervenants seront présents pour leur transmettre des conseils. Nous organiserons par ailleurs une master class avec la Princesse Esther Kamatari, ambassadrice Guerlain, qui partagera son expérience de la beauté aux jeunes mannequins etc.

Votre souhait : qu’il y ait une vraie industrie de la mode africaine. Quelles seraient les étapes ?

Il faut créer l’étincelle qui va attirer les investisseurs. Nous, on se lance, on n’attend pas. D’ici la fin de l’année 2017, la première usine de confection sera installée à Abidjan. Raison pour laquelle nous ouvrons de nouvelles boutiques, parce qu’en amont il faut assurer la sortie de production. (into the chic)

Comments are closed.