Sénégal: Karim Wade condamné à 6 ans de prison pour enrichissement illicite

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Puissant ministre d’Etat sous le règne de son père durant la première décennie des années 2000, Karim Wade, promis lui aussi à un destin présidentiel, a été condamné le 23 mars à six ans de prison pour enrichissement illicite. Un jugement contesté par ses partisans

Clap de fin sur le retentissant procès de Karim Wade, fils de l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade. L’ex-tout-puissant ministre d’Etat âgé de 46 ans et candidat à l’élection présidentielle de 2017 est condamné à six ans de prison ferme et plus de 210 millions d’euros d’amende par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI). Juridiction spéciale créée dans les années 1980 pour luttter contre la corruption, la CREI a été réactivée par le président actuel [Macky Sall].

Un événement à la une de tous les titres de la presse nationale.

“A dire vrai, cette sentence n’a surpris personne hormis ceux qui avaient la naïveté de croire que la machine judiciaire, sur ce dossier de la traque dite des biens mal acquis, avait les moyens de “négocier” quelque arrangement spécifique au statut du fils de l’ancien président de la République”, écrit le journaliste politique Momar Dieng, sur son blog. Et ce dernier de poursuivre :

“Patatras ! Quoique modérée, la main des juges du tribunal de la CREI n’a pas tremblé, même si le président Henri Grégoire Diop a paru s’essouffler au terme de deux heures de lecture d’une sentence historique.”

L’éditorialiste salue “la détermination politique du pouvoir sénégalais à aller, pour une fois, au bout d’une logique saine et salutaire : la protection des ressources de la collectivité nationale contre les criminels économiques et financiers de passage dans les hautes (ou basses) sphères de l’Etat”.

Selon ce fin observateur du marigot politique local, Karim Wade ne doit s’en prendre qu’à lui-même. “Sans base ni éducation politique, dépourvu de charisme, sans relais structuré dans le Sénégal des profondeurs, il avait fait le choix de vivre sur l’énorme capital politique et humain de son père, Abdoulaye Wade. Or ce dernier, faut-il le rappeler, s’est assujetti à endurer vingt six ans de carrière dans l’opposition avant de toucher le Graal de son engagement et de ses sacrifices. Le fils, lui, se forgeant des ambitions phénoménales avec la complicité irresponsable des ascendants, s’est laissé embarquer dans ces réseaux inextricables d’intérêts et de magouilles que seule l’immersion dans le pouvoir permet”, écrit Momar Dieng. “Karim Wade : tragédie d’un prince”, résume Le Quotidien.

Candidat du parti de son père

Pour Sud Quotidien, “la CREI a condamné le désormais candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS) à la prochaine présidentielle de 2017. Mais l’institution judiciaire a su déjouer le piège du PDS en ne déplumant pas Karim Wade de ses droits civiques. Ce qui aurait permis aux libéraux de surfer sur la “peur” de Macky Sall d’être opposé à Karim Wade à la présidentielle.

“C’est à se demander si le fils de l’ancien président n’avait pas été investi candidat  pour la forme, car, dans le schéma des libéraux, Karim Wade devait être condamné et déchu de ses droits civiques.”

Discordances

Quelques voix discordantes se lèvent dans le concert unanime des commentateurs sénégalais, notamment celle de Momar Seyni Ndiaye, un des journalistes politiques les plus reconnus du pays.

Aux antipodes de ses collègues, l’éditorialiste du site Senplus déclare : “Karim a été condamné avant d’être jugé, parce que telle était la consigne. Autrement, comment comprendre que, sur plus de 150 ministres de l’ancien régime, lui seul ait fait l’objet d’un tel acharnement ? Rarement dans l’histoire politique et judiciaire de notre pays, un homme n’aura été tant traqué, persécuté et ‘exécuté’ sans ménagement par la justice.”

Selio lui, “ce verdict (six ans d’emprisonnement) n’est pas seulement cynique par sa lourdeur et son ampleur. C’est la CREI, son instrument, qui est inique par sa nature et son essence.” (courrier international)

 

 

 

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