Sidney Bechet 1897 – 1959 Clarinettiste et saxophoniste, compositeur américain

sidney bechet

Sidney Bechet  est né le 14 mai 1897 à La Nouvelle-Orléans, États-Unis d’Amérique au sein d’une famille créole aisée et mélomane (son père et ses quatre frères pratiquent tous un instrument).

Les débuts (1897-1918)

À l’âge de dix-sept ans, il avait déjà donné plusieurs concerts avec des groupes de jazz et, en 1916, il avait déjà fait une tournée avec Clarence Williams et avec King Oliver. Prodige musical, il a étudié auprès de Louis dit « Papa » Tio et Lorenzo Tio fils à la Nouvelle-Orléans. Il se joint, en 1917, à l’exode vers Chicago et y travaille avec deux célèbres exilés, le trompettiste Freddie Keppard et le pianiste Tony Jackson.

L’ouverture au monde (1919-1932))

En 1919, il est le clarinettiste soliste du Southern Syncopated Orchestra dirigé par le compositeur Will Marion Cook, qui refusait d’utiliser le mot « jazz » mais tenait beaucoup à avoir Bechet en vedette.

La même année il accompagne Cook à Londres où il découvre le saxophone soprano, instrument plus dominant que la clarinette et avec lequel il peut aisément produire le palpitant vibrato qui est son signe distinctif. Remarqué par le chef d’orchestre suisse Ernest Ansermet, qui eut plusieurs fois l’occasion d’écouter cette formation à Paris et à Londres, écrivait à propos de Bechet : « Il ne peut rien dire de son art, sauf qu’il suit sa propre voie… et c’est peut-être la route sur laquelle le monde entier swinguera demain ».

Expulsé de Grande-Bretagne pour cause de bagarre dans un hôtel, Bechet s’installe à New York où le pianiste Clarence Williams veut à tout prix le faire enregistrer, en particulier aux côtés de Louis Armstrong avec les les « Red Onion Jazz Babies ». C’est ainsi qu’a lieu une première rencontre entre ces géants du jazz. Cependant, de nouveaux problèmes le ramènent en Europe où il passe quatre ans au sein de la Revue Nègre dont Joséphine Baker est la vedette. Pendant qu’Armstrong réalise ses enregistrements classiques, son principal rival comme soliste de jazz est en tournée en Europe et en Russie.

Mêlé à une bagarre à Pigalle, il fut expulsé de France après onze mois de prison. La crise des années 1930 l’obligea à ouvrir pendant un temps une boutique de retouches pour vêtements, malgré la formation de son propre groupe, The New Orleans Feetwarmers en 1932.

La maturité en Amérique (1933-1948)

La crise des années 1929 / 1930 impose d’autres activités (ouverture d’une boutique de retouches pour vêtements, école de formation, dont Bob Wilber a certainement été le seul élève assidu). En musique, il délaisse de plus en plus la clarinette au profit du saxophone soprano dont il devient rapidement le spécialiste incontesté.

À partir de 1932 Sidney Bechet fonde son propre orchestre les New-Orleans Feetwarmers. Il a le temps d’enregistrer avec le tropettiste Tommy Ladnier, avant que le jazz ne sombre lui aussi en dépression.

Après 1938, Bechett continuera d’utiliser le nom de « Feetwarmers » mais avec d’autres musiciens. Il enregistre avec la chanteuse Tixie Smith ainsi qu’avec Tommy Ladnier (mort prématurément en 1939), et avec Mezz Mezzrow (à l’instigation de Hugues Panassié), notamment le fameux « Relly the blues ».

En 1940, Sidney Bechet joue à New York avec Eddie Condon. Puis ce sont les séances historiques avec Louis Armstrong où tous deux rivalisent de brion (Perdido street bues).

Durant la période 1945-1947 il enregistre de nombreux titres, notamment avec Eddie Condon, Art Hodes, Joe Sullivan, James P. Johnson, Louis Armstrong, Earl Hines, Cliff Jackson, Milton Mezz Mezzrow, Ralf Sutton, Bob Wilber, Sammy Price, entre autres.

 

La célébrité et la consécration en France (1949 – 1959)

Après un retour triomphal au Festival de jazz de Paris en 1949, il décide de s’établir en France. Bechet y devient une super vedette hexagonale (avec une épouse sidney bechet éà la campagne et une maîtresse à Paris), régnant sur ses accompagnateurs et attirant les foules. Certaines de ses plus belles partitions datent de cette époque : « Les Oignons » (1949) et « Petite Fleur » (1952), même si lui-même était probablement plus fier des partitions de ballets telles que « La Nuit est une sorcière » qu’il compose pour le danseur et chorégraphe Pierre Lacotte, suite mélodieuse quoiqu’un peu mièvre à la manière des musiques de film de Charlie Chaplin. Depuis sa mort, en 1959, une statue de son buste se dresse dans un parc d’Antibes.

Sa femme Jacqueline Peraldi et son enfant Daniel né le 03 avril 1954 ont vécu à Gennevilliers.

Autoritaire est un mot qui a souvent été utilisé pour définir la musique de Bechet. Ses nombreux ennuis en disent long sur son caractère irascible qui transparaît dans des solos souvent exaltés et passionnés, directs et dépouillés et qu’on ne peut confondre avec ceux d’aucun autre musicien. Ses premiers enregistrements le mettent sur un pied d’égalité avec Armstrong et lorsque ses sonorités éclatantes mènent l’orchestre, sa mesure semble plus en harmonie avec un solo de trompette qu’avec le contrepoint auquel s’en tiennent habituellement saxophones et clarinettes.

Mais ce serait une erreur de ne voir dans l’œuvre de Bechet qu’un simple étalage d’autocratie musicale, en particulier lorsqu’on considère la période précédant son installation en France et tout spécialement son travail à la clarinette. À l’instar de Muggsy Spanier, trompettiste sensible mais puissant, c’est un modèle de sobriété, laissant même le vétéran Bunk Johnson, assez fragile en 1945, être le premier trompette dans des orchestrations proches de l’idéal d’un contrepoint décontracté, cher à La Nouvelle-Orléans.

Parmi ses plus célèbres enregistrements il faut faire figurer le remarquable trio Blues in Thirds, avec Earl Hines et Baby Dodds, Blue Horizon, Out of The Gallion avec Mezz Mezzrow, Petite fleur et n’importe laquelle de ses versions de Summertime ou de Weary Blues, un thème qui aurait pu être composé pour lui.

À la fin de sa vie, en 1956, il a entamé une grande tournée en Belgique. Albert Langue, jazzman de Mons et initiateur du Festival Mondial des Musiques Militaires de Mons, l’a accompagné dans ses concerts, à la trompette. Sidney Bechet lui a demandé s’il n’avait pas en mémoire une musique locale qu’il pourrait jouer en Belgique pour faire plaisir à son public et personnaliser la tournée belge. Albert Langue lui joua sur un piano Le Doudou, musique leitmotiv de la Ducasse de Mons qu’il adapta au style de musique de la Nouvelle-Orléans. Ce fut un franc succès à tel point qu’il l’enregistra chez la maison de disques Vogue. Ce disque fut une des meilleures ventes de 1956 et a permis au Doudou d’être connu partout dans le monde. Pour la petite histoire, Albert Langue a été nommé citoyen d’honneur de la Nouvelle-Orléans.

Au mois de décembre 1958, il enregistre son dernier disque avant de s’éteindre  le 14 de mai 1959, victime d’un cancer du poumon à Garches (France).

 

source medarus

 

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