Tunis : six Français blessés, dont trois grièvement, dans l’attaque du Musée du Bardo

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L’intervention des forces de l’ordre aux abords du Musée du Bardo, à Tunis, s’est terminée mercredi 18 mars vers 15 h 30, selon une journaliste du Monde présente sur place. Vingt-deux personnes sont mortes, dont 20 touristes et deux membres des forces d’intervention, selon le ministère de l’intérieur. Deux assaillants ont également été tués, et 42 personnes ont été blessées. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé dans la soirée que six Français faisaient partie des blessés, trois d’entre eux étant grièvement touchés. Le Quai d’Orsay a par ailleurs signalé être sans nouvelles d’un ressortissant.

Plus tôt, la section antiterroriste du parquet de Paris avait ouvert une enquête sur l’attaque, une procédure classique quand des Français figurent parmi les victimes.

L’assaut s’est produit en fin de matinée à proximité du Musée du Bardo, mitoyen du Parlement. Selon des témoins, des assaillants armés de kalachnikovs auraient d’abord pris pour cible un bus de touristes avant de pénétrer à l’intérieur du musée. L’Assemblée voisine a aussitôt été évacuée. Une vingtaine de personnes auraient également été blessées, certaines grièvement, selon une source du service d’aide médicale urgente.

Le périmètre du Parlement et du Musée du Bardo était complètement bouclé en début d’après-midi par les forces de l’ordre, tandis que retentissaient les sirènes des ambulances évacuant les blessés.

S’exprimant devant la presse, le guide qui avait accompagné un groupe de touristes sortant du Bardo, Wafel Bouzi, a témoigné avoir aperçu sur le parking un « jeune homme de 25 ans, normalement vêtu, sans barbe », qui tenait une kalachnikov. « Il la manipulait,  je pensais qu’il jouait avec, puis il a ouvert le feu. » M. Bouzi a ajouté que son groupe était composé de touristes hispanophones.

Cette attaque est la première opération terroriste d’envergure frappant le cœur de Tunis depuis le « printemps tunisien », qui avait abouti au départ du dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, en janvier 2011.

Péril djihadiste

La capitale n’avait pas été épargnée par des troubles — l’assaut de l’ambassade américaine par des militants salafistes le 14 septembre 2012 ; les assassinats des personnalités de gauche Chokra Belaïd, le 6 février 2013, puis Mohamed Brahmi, le 25 juillet 2013 —, mais l’assaut de mercredi visant directement des étrangers est le premier du genre.

Il confirme un péril djihadiste que les responsables sécuritaires du pays sentaient venir à la faveur du chaos qui ravage la Libye voisine, mais aussi en raison de la permanence de foyers extrémistes dans la région du mont Chaambi, à la frontière avec l’Algérie. « Nous nous attendions à ce qu’il y ait une action d’un degré élevé » en Tunisie, a ainsi déclaré le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, en évoquant la situation libyenne.

Cette attaque survient alors que le scénario politique et institutionnel semblait s’être stabilisé après les incertitudes qui avaient suivi le départ de Ben Ali. Après la victoire au scrutin législatif d’octobre 2014 de la coalition anti-islamiste Nida Tounes, le chef de celle-ci, Béji Caïd Essebsi, âgé de 88 ans, a été élu président de la République en décembre. Un gouvernement d’union nationale a été formé dans la foulée. Dominé par le parti Nida Tounes, il comprend également une participation minoritaire du parti islamiste Ennahda, qui avait dirigé l’exécutif en 2012 et en 2013.

Cette réconciliation entre deux camps antagonistes qui s’étaient jusqu’alors âprement combattus avait été louée à l’étranger comme une transition exemplaire. C’est probablement cette exemplarité que les terroristes ont voulu frapper mercredi au cœur de Tunis.

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